Printemps 2053 – Inondation et solidarité

Au printemps 2053, j’ai entrepris un voyage à vélo à travers la France, parcourant plus de 1000 km sur 6 semaines. Mon but était simple : rencontrer au hasard de mon chemin des inconnus et recueillir leurs histoires. Chacun de nous a des récits personnels qui révèlent bien plus qu’ils ne le laissent paraître. Ces histoires reflètent notre époque, nos territoires, la complexité et la tendresse des relations humaines. À travers ce projet sur les routes de France, j’ai souhaité capter des témoignages de notre société. Voici l’un d’entre eux.

Pour en savoir plus sur le projet Printemps 2053


Appoline
61 ans
Maire de Soueix-Rogalle
Rencontré le 7 juin 2053 à Soueix-Rogalle, Ariège

Mon chemin m’amène à croiser le village de Soueix-Rogalle dans le piémont pyrénéen. Le village semble avoir été touché récemment par une inondation, on voit encore les stigmates de la catastrophe, une maison en bord de rivière éventrée. Je croise une passante et j’en profite pour en savoir plus sur ce qu’il s’est passé. Cette passante s’avère être la maire du village.

 

Il y a encore beaucoup de vestiges de l’inondation survenue cet hiver. Cette année, il a beaucoup neigé dans les Pyrénées. On a vu les touristes venir en nombre pendant les vacances. C’est devenu exceptionnel cette neige, tout le monde a voulu en profiter. Ce qui a été problématique, c’est le printemps qui est venu d’un coup. Au mois de février, on a dépassé à plusieurs reprises les 20 °C. La neige dans les montagnes a fondu à toute vitesse, le niveau des cours d’eaux a commencé à monter dangereusement. Avec l’arrivée de la pluie, le Salat est entré en crue dans la vallée. Malheureusement, on est sur son chemin […] En tant qu’habitante, c’est difficile à vivre. J’habite ici depuis 35 ans, je suis profondément attaché au village et à ses habitants. On se connaît tous ici. Dans cette histoire, il y a certaines personnes qui ont tout perdu. La maison éventrée que l’on voit de l’autre côté de la rivière appartenait à des amis de longue date. C’était une vieille maison construite au XIXe siècle, ils ont toujours habité cette maison. Comment on fait pour se reconstruire après ça ? […] En tant que maire c’est très compliqué à vivre. On se sent responsable de ses administrés, on se dit parfois qu’on aurait pu faire mieux. Heureusement, il n’y a pas eu de mort. Je ne m’en serais difficilement remise […]
Ce n’est pas la première fois que Soueix est confronté à de telles catastrophes environnementales. Il y a deux ans, on a cumulé sécheresse et orages violents. On a été confronté à de sévères restrictions d’eau presque tout l’été. Fin août, après de nombreuses semaines sans une goutte d’eau, la pluie est revenue. On était heureux de la voir venir, puis rapidement les orages qui l’ont accompagné ont vite calmé notre ardeur. Ça a été la douche froide, si je puis dire. La grêle et les vents violents ont massacré les champs de tournesols présents plus bas dans la vallée. Déjà qu’ils ne ressemblaient pas à grand-chose avec la sécheresse. […] Malheureusement ça ne va pas aller en s’arrangeant, les années qui vont suivre ne vont pas être de tout repos. Avec l’aide de la Région et du département, on a mis en place des solutions à long terme pour éviter de subir de plein fouet chaque catastrophe climatique. Mais bon, ça ne suffit pas forcément. L’économie de la Région en souffre beaucoup. Les agriculteurs voient leurs récoltes détruites, les éleveurs ont de moins en moins d’herbes pour faire pâturer leurs bêtes, beaucoup de commerçants et d’habitants voient leurs bâtiments ravagés par les inondations. Tout le monde commence à être fatigué de tout ça. […]
Au vu des évènements climatiques de ces dernières années, j’ai le sentiment que l’on se sent de plus en plus vulnérable face aux aléas environnementaux. S’il faut trouver un aspect positif à toutes ces épreuves, c’est que ça nous rend peut-être plus solidaires les uns les autres. Quand on sait qu’on va être amené à avoir besoin des autres, on est tout de suite plus aimable et solidaire avec son voisin, parce qu’à un moment donné, on va avoir besoin de lui. Je l’ai sentie après l’inondation de cet hiver. Après la catastrophe, il y a eu un élan de solidarité que je n’avais jamais connu auparavant. Tout le monde y a mis du sien. Depuis, j’ai le sentiment que les liens se sont renforcés entre nous. Vous savez, il y a toujours eu des petites tensions entre certaines personnes, mais depuis l’inondation, les choses se sont apaisées, enfin, j’en ai l’impression. […] Je suis fière de la capacité de résilience des habitants. […]
C’est mon grand-père qui me racontait que les habitants des villages de montagne étaient plus chaleureux que ceux des plaines. Il a grandi en montagne et en hiver, il arrivait que le village soit coupé du monde pendant plusieurs jours à cause de la neige sur les routes. Les habitants s’assurent que tout le monde et surtout les personnes âgées aillent bien et ne manquent de rien.

 


 

Résilience à l’échelle des individus et du territoire

Sécheresse, feux de forêt, inondation, tempêtes, cyclones, baisse des rendements agricoles (1)… Le changement climatique a déjà commencé à bouleverser le climat et l’environnement et ce n’est malheureusement qu’un début. Nous avons exercé une pression importante sur celui-ci, maintenant, c’est lui qui va exercer une importante pression sur nous.
Il va falloir faire preuve de résilience pour affronter les nouvelles contraintes climatiques. Les collectivités territoriales doivent anticiper les risques sur leur territoire et mettre en place des solutions d’adaptation.

 

Les exemples ne manquent pas, lors de catastrophes naturelles, on voit apparaître spontanément des élans de solidarité : on aide à dégager la boue et l’eau rentrées dans les maisons lors d’inondation, on apporte à manger à boire, ou de quoi se reposer pour les pompiers qui luttent sans relâche contre les incendies, on accueille ou on fait un don pour aider les sinistrés, on donne son sang quand cela est nécessaire (2)… Nous sommes tous vulnérables aux bouleversements climatiques. Les catastrophes à venir, nous ne les affronterons pas seuls, la solidarité de la population nous aidera à nous relever.
La résilience se fait à l’échelle du territoire, mais également à l’échelle des individus.

 

(1) Vincent, B. (2022). Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique – ONERC. Ministères Écologie Énergie Territoires. https://www.ecologie.gouv.fr/observatoire-national-sur-effets-du-rechauffement-climatique-onerc
(2) Abalo, H. (2022, 17 juillet). Feux de forêts en Gironde : comment la population vient en aide aux pompiers. France 3 Nouvelle-Aquitaine. https://france3-regions.francetvinfo.fr/nouvelle-aquitaine/gironde/arcachon/feux-de-forets-en-gironde-comment-la-population-vient-en-aide-aux-pompiers-2582696.html
Aide aux sinistrés de la tempête Alex : la générosité de la population du Centre-Var ne faiblit pas. (2020, 19 octobre). Var-Matin. https://www.varmatin.com/vie-locale/aide-aux-sinistres-de-la-tempete-alex-la-generosite-de-la-population-du-centre-var-ne-faiblit-pas-589745
Fersing, M. (2018, 1 janvier). Tempête Carmen : l’élan de solidarité après la tornade en Vendée. ici, par France Bleu et France 3. https://www.francebleu.fr/infos/climat-environnement/tempete-carmen-l-elan-de-solidarite-apres-la-tornade-en-vendee-1514832364

 

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