Printemps 2053 – La ville Blanche

Au printemps 2053, j’ai entrepris un voyage à vélo à travers la France, parcourant plus de 1000 km sur 6 semaines. Mon but était simple : rencontrer au hasard de mon chemin des inconnus et recueillir leurs histoires. Chacun de nous a des récits personnels qui révèlent bien plus qu’ils ne le laissent paraître. Ces histoires reflètent notre époque, nos territoires, la complexité et la tendresse des relations humaines. À travers ce projet sur les routes de France, j’ai souhaité capter des témoignages de notre société. Voici l’un d’entre eux.

Pour en savoir plus sur le projet Printemps 2053


Adrien
46 ans
Commerçant
Rencontré le 5 juin 2053 à Plaisance-du-Touch, Haute-garonne

J’arrive à Plaisance-du-Touch, le soleil est haut dans le ciel. Je découvre une ville dont les murs et les toits de la ville sont recouverts de blanc. La chaleur se fait sentir, les volets sont fermés pour s’en protéger. Les bougainvilliers et les glycines en fleur colorent les rues. Je profite de la terrasse d’un café pour me rafraichir et patienter le temps que le soleil baisse en intensité. La terrasse donne sur l’église, le seul bâtiment qui révèle encore la brique rouge autrefois emblématique de l’architecture régionale. Adrien, le responsable du café, vient à ma rencontre pour prendre ma commande. Nous prenons le temps de discuter un peu.

 

Vous semblez surpris par la blancheur du village, je vous l’accorde, ce n’est pas commun ici. On est plus habitué au rouge de la brique. Même si elle a tendance à disparaître ces derniers temps. […]
Dans le coin, le village a été rebaptisé la cité blanche. Vous seriez venu il y a une quinzaine d’années, le paysage aurait été complètement différent. Plaisance-du-touch est la première ville de la région à avoir modifié en profondeur le PLU pour adapter le lieu aux fortes chaleurs, et ça n’a pas été une mince affaire. […] Le PLU, c’est le plan local d’urbanisme, c’est un ensemble de règles de construction qui permet d’avoir un ensemble urbanistique cohérent. Cela évite de se retrouver avec des villes qui ne ressemblent à rien. Ça va peut-être vous surprendre, mais avant d’ouvrir le café, j’ai longtemps travaillé au service de l’urbanisme de la mairie, c’est pour ça que je connais bien le sujet. J’ai moi-même participé à la transformation de la ville. Ça a été un long et difficile combat, que ce soit pour convaincre une partie de la population réfractaire, mais surtout pour obtenir les autorisations des organismes de l’État chargés de la protection du patrimoine. Aujourd’hui les esprits se sont apaisés, tout le monde ou presque a fini par s’habituer au nouveau visage de la ville. Chose étonnante, nous avons vu progresser le tourisme. La singularité de la ville a attiré les curieux. […]
Je comprends cette opposition au changement, ce n’est pas rien de voir changer le territoire dans lequel on vit depuis des décennies. Le centre-ville a été construit il y a plusieurs siècles, c’est une lourde responsabilité que de le transformer en profondeur. Nous avions un dilemme à trancher, et pas des moindres. Soit nous ne changions rien et la ville devenait invivable en été. Soit nous transformions la ville pour l’adapter au nouveau climat. Ce choix fut également une question de santé publique. Pendant les canicules à répétition, de nombreuses personnes sont mortes. Ne rien faire, cela nous rendait un peu responsables. […]
Initialement ce sont les architectes qui ont demandé de modifier le PLU, nous avons reçu de nombreuses sollicitations de leur part. Pour rénover les bâtiments existants, ils souhaitent isoler les façades par l’extérieur et réaliser des enduits à la chaux par-dessus. Historiquement, les bâtiments sont construits en brique, les façades absorbaient toute la chaleur l’été, c’était insupportable. Le problème, c’est que la modification de PLU n’est pas du seul ressort de la mairie. Concernant le centre-ville nous devions avoir l’autorisation des unités départementales de l’architecture et du patrimoine. Ils ont des comptes à rendre au ministère de la Culture auquel ils sont rattachés. Ce fut une lutte acharnée, mais nous avons fini par avoir gain de cause après des mois de négociation. Les citadins, même si une partie était réticente, ont été bien moins difficiles à convaincre, ils n’en pouvaient plus de la chaleur.

 


 

Transformation des paysages urbains

L’architecture vernaculaire de la côte marocaine n’est pas la même que l’architecture bretonne qui est, elle aussi, très différente de l’architecture alpines. Les raisons à cela sont nombreuses, pour des raisons culturelles, de disponibilité des matériaux, mais également pour des raisons climatiques. Historiquement, l’architecture s’est construite en fonction du climat, pour permettre à la population de se protéger au mieux des contraintes climatiques liées à chaque région. Au Maroc, les rues sont étroites pour se protéger du soleil, en Bretagne, les toits sont en pente pour évacuer la pluie, dans les Alpes, les maisons sont en bois pour mieux isoler du froid.

Le réchauffement climatique entraînera des changements dans les climats, modifiant ainsi les contraintes climatiques et, par conséquent, l’architecture devra s’adapter pour y faire face. Les paysages urbains en seront profondément transformés.

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