Printemps 2053 – Les miroirs

Au printemps 2053, j’ai entrepris un voyage à vélo à travers la France, parcourant plus de 1000 km sur 6 semaines. Mon but était simple : rencontrer au hasard de mon chemin des inconnus et recueillir leurs histoires. Chacun de nous a des récits personnels qui révèlent bien plus qu’ils ne le laissent paraître. Ces histoires reflètent notre époque, nos territoires, la complexité et la tendresse des relations humaines. À travers ce projet sur les routes de France, j’ai souhaité capter des témoignages de notre société. Voici l’un d’entre eux.

Pour en savoir plus sur le projet Printemps 2053


Maxime
48 ans
Verrier
Rencontré le 29 mai 2053 à Maureilhan, Hérault

En milieu d’après midi, après avoir pédalé sous un soleil qui se fait de plus en plus intimidant en cette toute fin du mois de mai, je décide de faire une pause dans le village de Maureilhan. Un homme passant devant le banc sur lequel je me suis assis pour me rafraîchir m’aborde. Après quelques phrases échangées, il propose de me restaurer chez lui. 

Je me retrouve dans un jardin protégé du soleil par un pin parasol. L’air est parfumé par l’arbre chauffé par le soleil. Assis dans un transat, une limonade à la main, nous entamons une discussion.

 

Vous êtes arrivé depuis Béziers jusqu’ici c’est ça ? […] Vous êtes sûrement passé devant l’espèce de mur en miroir. C’est le four solaire de la verrerie. C’est là que je travaille. […]
Il y a une dizaine d’années, l’usine s’est dotée d’un four solaire. Vous avez vu, c’est assez impressionnant comme dispositif. On a la chance d’avoir beaucoup de soleil à Béziers. L’été c’est moins une chance, c’est toute la région qui se transforme en four si je puis dire. […] Au sol, il y a 30 héliostats, ce sont des miroirs qui orientent continuellement les rayons du soleil vers un mur concave, le concentrateur. Ça permet d’orienter tous les rayons du soleil au même endroit, au niveau du four, là où le verre rentre en fusion. […]
On ne chauffe pas le four uniquement avec ce système-là, l’ensoleillement est trop fluctuant, le moindre nuage ferait baisser de façon non négligeable la température du four. On ajuste la température avec un apport énergétique plus pilotable. […] C’est-à-dire de l’énergie dont on maîtrise continuellement le flux. Ça permet de maintenir constamment le four à la même température. En termes de proportion c’est tout de même le soleil qui nous apporte l’essentiel de l’énergie. […]
On est pas mal dépendant de la météo, la production s’ajuste en fonction de l’ensoleillement, tout est automatisé. Les grosses journées, on peut produire jusqu’à 150 000 bouteilles, et les plus mauvaises, ça nous arrive parfois d’arrêter la production. C’est rare toutefois mais ça arrive. Dans ces cas-là,on en profite pour faire de la maintenance. […]
Quand j’ai commencé, dans les années 2020, on produisait 1 million de bouteilles par jour. Par rapport a mes débuts, on a divisé par plus de 10 notre production. […] Ce n’est pas vraiment les contraintes météorologiques qui ont causé la diminution de la production. C’est la législation sur la consigne des emballages en verre. […] Je suis assez fière de mon entreprise. Elle a su évoluer et diversifier ses services pour faire face à la baisse de production. Maintenant elle organise également la gestion des consignes. Grâce à ça, la masse salariale n’a pas diminué, elle a même augmenté. Il a quand même fallu réorienter certains postes vers d’autres. L’entreprise a proposé des formations en interne.

 


 

Piloter l’énergie

Pas de soleil, pas d’énergie solaire. Pas de vent, pas d’énergie éolienne, pas d’eau, pas d’énergie hydraulique. L’électricité renouvelable est très souvent dépendante de la météo, c’est ce que l’on appelle des énergies non pilotables (1). Il est très compliqué de stocker de l’électricité en grande quantité. L’électricité produite doit être consommée directement. Avec les énergies fossiles, la production électrique s’adapte facilement à la demande. Si l’on a besoin d’électricité, il suffit de brûler plus de gaz, de pétrole ou de charbon. Concernant les énergies renouvelables, on ne peut pas adapter le vent et le soleil en fonction de la demande en électricité. Il sera plus compliqué d’adapter l’offre à la demande. La demande devra s’adapter également à l’offre. S’ajoute à cela la réduction de la production électrique nécessaire pour se passer des énergies fossiles.
Comme les agriculteurs en tout temps, il va falloir adapter son planning avec la météo. Dans l’industrie par exemple, les usines les plus gourmandes en énergies devront parfois réduire leur cadence de production. Ce n’est pas seulement l’industrie qui va devoir s’adapter à la météo, mais l’ensemble de la société. Quand la production d’énergies renouvelables sera trop faible, il faudra peut-être mettre à plus tard la recharge de son véhicule électrique, diminuer le chauffage de sa maison ou remplacer le poulet rôti prévu ce dimanche par une recette nécessitant moins de cuisson.
À une certaine échelle, le développement de la voiture électrique peut permettre de pallier en partie au problème. Les batteries des voitures branchées au réseau pourront stocker de l’électricité lorsque celle-ci sera produite en excès. Lorsque la consommation électrique se fera plus importante que la production, les batteries pourront se décharger en partie pour alimenter le réseau électrique.
Répartition de la consommation d’énergie par secteur en France (2021)

(1) Toutes les énergies renouvelables ne sont pas non pilotables. L’énergie produite par la biomasse par exemple n’est pas dépendante de la météo. Elle peut permettre de compenser en partie la baisse de production des énergies non pilotables quand c’est nécessaire.

 

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